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Interview : Zadig

Véritable leader de la scène techno française depuis maintenant plus d’une décennie, Sylvain Peltier aka Zadig célébrait ce 31 octobre les 5 ans de son label Construct Re-Form. Pour souffler cette cinquième bougie, le maître d’une techno avant-gardiste et toujours plus adulée s’est rendu à L’Ostra Club à Nancy. Nous avons sauté sur l’occasion pour lui poser quelques questions quant à son parcours mais aussi pour lui parler de ses nombreux side-projects aux ambitions fracassantes.

Salut Zadig ! Comment vas-tu ?

Zadig : Hello ! Super, merci de ton accueil !

Aujourd’hui, tu fêtes les 5 ans de ton label Construct Re-Form. Si tu devais faire une retrospective de ces années passées, qu’aurais-tu à souligner ?

Zadig : Pas facile cette première question ! En réalité, je n’ai pas encore eu le temps de porter un œil critique sur mon label étant donné que je viens de passer deux années ultra chargées. Aujourd’hui, je commence seulement à me poser des questions quant à la direction que je voudrais prendre, à savoir si je veux que le label s’agrandisse exponentiellement ou pas, si je veux accélérer les choses ou garder le rythme actuel. En revanche, je peux te dire qu’il y a déjà pas mal de sorties au planning !

Des sorties ? Tu as des noms à nous révéler ?

Zadig : Evidemment ! Pour la prochaine release qui sortira très prochainement, j’ai invité le producteur argentin Jonas Kopp. S’en suivra une sortie signée Mike Storm que j’ai déjà signé auparavant sur mon sous-label Ars Mechanica. On retrouvera également Voiski avec un nouvel EP prévu pour la fin d’année et également Operator qui a récemment signé sur le label Singular de Marcelus, un ami à moi. Actuellement, j’ai déjà pour deux années de sorties ! [Rires] Ca paraît énorme mais aujourd’hui les délais de production d’un disque sont tellement longs… Et de toute façon, je ne veux pas aller trop vite. Par ailleurs, je t’avoue que j’ai aussi d’autres projets en parallèle comme la création d’un nouveau label. J’y réfléchis. J’ai besoin de créer une entité nouvelle à laquelle je pourrais m’identifier. Toutefois, je suis très content du parcours de Construct Re-Form jusqu’à maintenant ! Le label est bien identifié à l’étranger donc c’est super ! Maintenant, je dois me concentrer sur ce que je veux réellement faire.

On revient juste une année plus tôt, en 2010, quand tu avais sorti un EP en compagnie de S3A sous l’alias Friendship Connection. Y’aura-t-il un Vol. 2 ?

Zadig : En effet, un second volet de cette collaboration était prévu. Cependant, le problème est toujours le même : le temps. Le tempe est une denrée rare dans le milieu, et c’est d’autant plus vrai quand tu collabores avec un artiste qui de son côté a également une tonne des projets comme S3A. Pourtant, on a été contacté par un très grand label récemment pour sortir ce fameux second opus, mais faute de temps… En tout cas, j’aime penser qu’il y aura un jour un Volume 2 !

On va aussi parler de tes side-projects, tu fais aussi partie d’Unforeseen Alliance avec Voiski, Antigone et Birth of Frequency. Vous vous produisez d’ailleurs en live au Weather Winter. Ca se rapproche clairement de la composition d’un groupe dit ‘classique’… T’as déjà fait partie d’un groupe ?

Zadig : A l’époque où je me posais des questions quant à mon avenir dans le milieu de la musique, j’ai effectué un stage justement pour sensibiliser les artistes à cet environnement qui n’est pas fait pour tout le monde, apprendre à se positionner par rapport à ce métier. Certains ont même complètement abandonné leurs projets à l’issue de ce stage, ils se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas faits pour ce travail. Pendant ce stage, il était organisé un atelier où les participants devaient former des groupes et c’est comme ça que je me suis retrouvé dans une formation trip-hop avec 6 ou 7 autres types. Je m’occupais de toute la partie électronique, évidemment ! [Rires] On a fait un concert à la fin de ce stage et tout s’était déroulé à merveille, on avait même décidé de continuer. Mais on s’est vite rendus compte qu’un groupe avec autant d’artistes, ce n’était pas gérable.

« Je me suis retrouvé dans une formation trip-hop avec 6 ou 7 autres types »

Un autre de tes alias, un peu moins répandu, c’est Kern Space Adventures. Tu as d’ailleurs présenté le projet en live au Weather Festival cet été et tu étais à Nuits Fauves il y a quelques semaines. En quoi consiste le projet ?

Zadig : Initialement, le concept était un concept beaucoup plus fourni que ce que je présente aujourd’hui. Kern Space Adventures devait être le nom d’un label également. C’était pour moi un projet à vocation quasi humoristique et complètement déjanté. En fait, je voulais que chaque release raconte une histoire et soit accompagnée d’une pochette aux traits science fiction des années 80 avec pourquoi pas une petite bande-dessinée au sein de laquelle l’aventure du maxi serait racontée. Dans ma tête, Kern Space Adventures était un véritable voyage cosmique, je voulais que ça soit assez varié musicalement, jusqu’à aller flirter avec l’italo tu vois ! En fait, je n’avais pas d’idée précise quant au style abordé dans ce nouveau label. Je voulais que chaque artiste signé sur le label soit le personnage d’une histoire… Mais encore une fois, le temps ne m’a pas permis de mener à bien toutes ces idées qui bouillonnaient en moi ! Et il faut avouer que ce genre de projet coûte très cher également pour une rentabilité quasi nulle. Pour le moment, j’ai simplement sorti quelques maxis sur Construct Re-Form mais j’ai tout l’espoir de monter le label. A l’heure actuelle, Kern Space Adventures n’a pas de concept particulier si ce n’est un son un peu plus détroit voire électro. J’ai véritablement besoin de m’épanouir à travers un style différent, à travers un genre musical que je ne peux pas forcément aborder en soirées techno. J’ai besoin de cet oxygène.

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Après avoir accueilli Jeff Mills, La Machine du Moulin Rouge à Paris s’associe avec Construct Re-Form pour une nouvelle résidence. Tu as fait un all night long avec le producteur espagnol Oscar Mulero pour la première soirée. Comment ça s’est passé ?

Zadig : Ce all night long en compagnie d’Oscar Mulero était très éprouvant. En effet, c’était un weekend prolongé et il faisait une chaleur atroce à Paris et je ne supporte pas la chaleur ! De plus, c’était en août et il n’y avait pas beaucoup de parisiens à Paris donc on était loin de remplir La Machine… Il y avait plus de monde la fois où j’y avais joué tout seul, c’est improbable ! Mise à part ces petits problèmes logistiques, tout s’est très bien passé. Je m’entends super bien avec Oscar, on a une bonne connivence musicale. La prochaine aura lieu le 2 décembre et j’invite Marco Shuttle cette fois-ci !

Promoteur d’une techno avant-gardiste, tu contribues activement au renouvellement de la scène parisienne, notamment auprès du crew de Concrete ou en collaborant avec le label et distributeur Synchrophone. Que penses-tu de ce regain d’activité de la part d’une scène pourtant qualifiée comme underground depuis des années ?

Zadig : C’est vrai qu’il est difficile de parler d’un courant underground en ce moment tellement la scène est médiatisée et mise en avant. Quand je joue au Weather Festival ou à Concrete, on ne peut pas vraiment appeler ça de l’underground. Et pourtant, la musique qu’on y entend reste underground selon moi ! Sur la majorité des personnes présentes dans le public, très peu écoutent précisément cette musique. Très peu de gens présents écoutent des tracks de techno du début à la fin tranquillement chez eux. Il faut vraiment avoir un attrait pour ce genre de musique car au final la plupart du temps ce sont des loops… La relation entre d’une part cette musique très underground et d’autre part cette médiatisation grandissante est un véritable paradoxe. Et en effet, Concrete a un rôle très important dans la démocratisation de cette scène. Et même si je ne suis pas résident, j’ai la chance d’être souvent invité à jouer dans ce club ! Je me produis assez souvent au Weather également, ce sera d’ailleurs la deuxième fois que j’y joue le 18 Décembre en compagnie d’Unforeseen Alliance. Il y a chaque jour à Paris un renouvellement, une création et tout cela peut devenir compliqué sur le long terme.

« La population adule quelqu’un ou quelque chose pendant un an ou deux, puis se lasse »

Selon toi, cette démocratisation de la scène techno est-elle quelque chose de bien ou au contraire enlève-t-elle un peu de son charme à la scène ?

Zadig : Dans un sens, c’est une bonne chose car ça nous est forcément bénéfique à nous producteurs et DJ. Evidemment, je préfère jouer à guichet fermé plutôt que devant une salle vide. Mais d’un autre côté, cette démocratisation représente également un véritable danger car toute ascendance médiatique connaîtra un déclin tôt ou tard. C’est comme ça que les choses se passent généralement, la population adule quelqu’un ou quelque chose pendant un an ou deux, puis se lasse. Ça peut être une réelle menace mais seul le temps nous le dira !

Tu te produis d’ailleurs un peu partout dans le monde. De New York à l’Argentine, tu côtoies les producteurs les plus influents de la scène techno. Est-ce que le fait de jouer à l’étranger nécessite une adaptation dans la composition de tes sets ou pas du tout ?

Zadig : Dans 99% des cas, je n’ai pas besoin d’adapter mes sets à la culture d’un pays. Toutefois, dans certains clubs, tu sens que tu ne peux pas te cantonner à jouer ce que tu joues habituellement, tu sens qu’il faut jouer plus soft, avec plus de groove. Soit parce que tu sens que le public n’est pas un public averti, soit tu sens que le public est plutôt orienté house. Donc dans ces cas là j’ajuste mes sets et c’est tant mieux car j’aime aussi jouer deep, c-house, etc. Donc ça me pose aucun problème !

A propos, as-tu une expérience dans un pays étranger qui t’a le plus marquée ?

Zadig : Ouais, l’Amérique du Sud. C’est tellement un autre monde. Et les gens sont tellement chaleureux, emplis de générosité. Par conséquent, t’es obligé de leur rendre la monnaie de la pièce. C’est bien le seul pays où quand tu finis de jouer tous les gars viennent te faire signer leur billet et ça peut durer une heure facilement ! Le public a envie de te parler et tu ne peux pas t’en aller. Et dans ces cas là, tu joues le jeu car c’est vraiment exceptionnel !

Ce soir, tu es là pour célébrer les 5 ans de Construct Re-Form à L’Ostra Club à Nancy en compagnie de Dimi Angélis. Qu’est-ce qui t’a le plus plu ici lors de ta dernière venue il y quasiment un an jour pour jour ?

Zadig : Manu et Charlène, sans hésitation ! C’est une rencontre improbable car habituellement tu ne traites jamais en direct avec les patrons du club dans lequel tu joues. Souvent, tu es en contact avec des promoteurs et ça s’arrête là. Ici, tu as affaire aux gérants qui sont tout simplement adorables et véritablement passionnés. Et ça, c’est vraiment exceptionnel ! Grâce à cette relation que tu entretiens, tu sens directement très proche de l’esprit du club, il n’y a aucune barrière entre l’artiste et l’organisation. Concernant la soirée en elle-même, tout s’est passé à merveille : le club était rempli, l’ambiance était au top. Que dire de plus mise à part que c’est un club magique ! D’ailleurs mon pote Antigone avait adoré jouer à L’Ostra à Nancy ! C’est pour tout le monde pareil je pense ! [Rires]

Un grand merci à Sylvain Peltier aka Zadig pour le temps précieux qu’il nous a accordé et ses paroles pleines de sens !

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