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Interview : Sutja Gutiérrez

C’est grâce à l’asso lyonnaise Perspectives Irrationnelles que nous avons pu assister à la performance live de l’artiste espagnol Sutja Gutiérrez le samedi 24 octobre dernier. On vous avait parlé de ce talent émergent en juin dernier lorsque nous étions tombé sur la vidéo complètement barrée de “Ah, No” qui brassait pêle-mêle seins nus, formes géométriques et booty shake (#crise d’épilepsie). Cette vidéo fut la porte d’entrée dans l’univers original de Sutja. C’est ainsi qu’on découvrait qu’il avait déjà publié une pléthore de morceaux tous plus réussis les uns que les autres et qu’il avait également été membre d’une formation au talent tout aussi évident (cf. The Fruhstucks). Quelques comptes Viméo et autres liens mediafire plus tard, notre amour pour Sutja Gutiérrez avait décuplé. A l’heure où les artistes étiquettés “lo-fi” apparaissent à vitesse grand V, Sutja G. parvenait à retenir à notre attention avec une musique sincère et de qualité (on pense beaucoup à Ariel Pink parfois). L’esprit DIY est bel et bien là, mais les morceaux de Sutja ne perdent rien de leur efficacité. Instrus un peu bancales, ambiance cotonneuse et chant éthéré sont d’ailleurs les ingrédients qui font que son dernier EP White Ponycorn In My Room est une franche réussite. C’est d’ailleurs pour promouvoir cet EP et pour faire découvrir sa musique en général qu’il a décidé de faire une halte à Lyon. Fidèle à ce que ses chansons laissent transparaître, c’est un Sutja agréable et sincère que j’ai eu la chance de rencontrer 15 min avant son live.

 

Bonsoir Sutja, merci d’avoir accepté de nous accorder une interview! Même si nous avons déjà parlé de toi sur le site, est-ce que tu pourrais te présenter à nos lecteurs qui ne sauraient pas encore qui est Sutja Gutiérrez?

SG : Beh déjà, merci à vous. Vous croyez en moi et je crois en vous! Sutja Gutiérrez n’existe pas. C’est juste un gars qui veut partager toutes ses créations avec le monde entier. Je me fous de ce qu’on peut penser de moi, je prends juste l’amour que m’offrent mes fans! Je suis d’ailleurs très heureux d’avoir tous ces fans qui me soutiennent.

Tu viens d’achever ta tournée française, comment as tu été reçu par le public français?

SG : La France est un pays génial. Les gens ici sont tellement agréables et sympas avec moi. Même dans mon pays d’origine qui est l’Espagne, je n’ai pas un retour aussi positif. Ou du moins pas pour le moment… C’est triste mais il s’agit pourtant de la vérité. L’Espagne n’est pas prête pour Sutja Gutiérrez.

J’ai beaucoup écouté ton dernier EP White Ponycorn In My Room, il est très bon comme toutes tes productions d’ailleurs! C’était avec “Ah, No” que j’avais commencé à écouter ta musique. Qu’est-ce qui t’inspire dans l’écriture et la composition de tes titres?

SG : Merci, je suis content que ça t’ait plu! Je ne sais pas vraiment qui est ma muse ou ma source d’inspiration… Peut-être que c’est moi? Ma vie, l’endroit où je vis, le moment présent. Le moment présent est très important pour moi. Je vis chaque moment à fond. Les paroles de ma chanson “Ah, No” disent “my country has nothing to say”, “I don’t like bad girls”, “people love to talk about you”. Tout ça correspondait au moment présent (ou plutôt passé, enfin vous voyez ce que je veux dire, ndlr). C’est aussi simple que ça.

En lisant ta biographie, j’ai été surpris de voir que tu te produisais parfois en tant que DJ. Comment as-tu amené à faire ce boulot? En gardes tu un bon souvenir? Est-ce que l’ambiance des soirées dans lesquelles tu te produisais n’était pas trop différente de ton univers?

SG : La vie nocturne est très différente; j’aime faire la fête, rencontrer des gens. Mais l’opinion qu’on se fait des gens est un peu différente quand ton meilleur ami s’appelle “Alcool”. Dans la vie de tous les jours, on rencontre des gens qui craignent tout le temps mais avec l’alcool, c’est encore pire. C’est vraiment triste. J’ai été DJ à une période de ma vie mais je ne le suis plus car le milieu de la nuit est un milieu à la fois très intense et également très faux. Trop pour moi en tout cas. Il m’arrive de faire le DJ en soirée pour gagner un peu d’argent (cela m’a permis de m’acheter un ordinateur portable, des synthés, etc) ou pour promouvoir ma musique. C’était dans le but d’évoluer, comme tout ce que je fais en général.

J’ai lu dans plusieurs interviews de toi que tu ne te considérais pas comme un “vrai” musicien. Pourquoi ça? Est-ce que c’est la raison pour laquelle tu as choisi de diffuser ta musique gratuitement?

SG : Je ne veux pas me considérer comme un musicien parceque je n’aime pas les musiciens.  Ils sont un peu comme les DJ et évoluent aussi souvent dans le milieu de la nuit; c’est un peu pareil pour moi. Je suis quelqu’un qui aime créer; peu-être que demain je voudrais être photographe ou bien réalisateur de films. On verra bien ce qui se passe mais s’il vous plaît, ne me dites pas que je suis un musicien. Ma musique est gratuite pour le moment mais peut-être que mon futur album sera vendu par un bon label qui croit en moi (ou pas). Je ne sais pas vraiment, je n’ai pas de grandes ambitions. Je me contente de vivre ma vie et de faire le hustler tous les jours!

Je ne sais pas si tu le sais mais le buzz autour de ta musique a été relayé par les deux médias les plus influents en matière de musique indie en France (les Inrocks et Magic, ndlr). Comment est-ce que tu as ressenti cela?

SG : Ça me fait tellement plaisir. L’équipe de Magic est un peu comme une seconde famille pour moi et j’en suis très fier. Je ne connais pas très bien les journalistes des Inrocks, mais ils sont adorables de m’avoir consacré des articles sur leur blog. Merci à eux! Beaucoup de personnes parlent de moi, mais d’autres ignorent mes mails et ceux de mon manager parceque je ne suis pas Lana Del Rey. C’est pas grave, un jour c’est eux qui vont me courir après mais j’en aurai rien à foutre.

Tu parlais tout à l’heure du manque de retour de la part du public espagnol. Comment est-ce que ta musique a été accueillie là bas?

SG : Ma musique ne fonctionne pas très bien parcequ’ici, en Espagne, ça prend beaucoup de temps pour qu’une musique ait du succès (à part la musique commerciale, le flamenco ou l’electro tendance de merde). Peut-être qu’un jour, ma musique aura du succès ici, mais on ne peut pas trop savoir. Je préfère me produire en dehors de l’Espagne de toute façon, c’est mieux pour moi et mon évolution personnelle.

Je suis récemment tombé sur une photo de Lana Del Rey sur ton tumblr (qui m’a bien fait rire), sur laquelle on pouvait lire “I fucked Sutja”. Est-ce une manière pour toi de te moquer du buzz soudain qu’il y a eu autour de sa musique? Est-ce que tu aimes ce qu’elle fait?

SG : Je n’aime qu’une seule de ses chansons, celle qui s’appelle “Kill Kill”. Je n’aime pas le reste parcequ’elle parle trop de choses tendance dans ses chansons. Les gens vont bientôt voir cette fille comme la nouvelle Amy Winehouse et je trouve ça triste. Lana, si tu lis cette interview sache que les gens t’aiment alors j’espère que tu m’aimeras aussi un jour. Les gens aiment parler les uns des autres; c’est la vie. Les gens aiment parler de conneries, comme de tes lèvres ou encore de ma… (hum).

Peux-tu nous en dire plus sur ton premier album, Cult And Truth? Vers quel genre de musique vas tu t’orienter?

SG : Cult And Truth sera mon premier album (electronique hi-fi, voix lo-fi). Les chansons qui sont sur le net ne sont que des démos enregistrées dans ma chambre. L’album a été enregistré en deux étapes: dans un premier temps, moi tout seul dans ma chambre et dans un second temps, avec le fantastique artiste electro Affkt qui a passé beaucoup de temps avec moi à réenregistrer chaque morceau en studio. Ce sera plus électro que ce que j’ai l’habitude de faire. Peut-être que le suivant sera plus rock ou plus folk, je ne sais pas. Cet album est en train de me rendre dingue mais j’en suis fier. Je suis également fier de travailler avec Affkt, c’est un gars tellement sympa.

Est-ce que tu comptes travailler sur de nouveaux morceaux avec The Fruhstucks?

SG : Franchement, je ne sais pas du tout…

On parlait tout à l’heure de Lana Del Rey; quels sont les artistes dont la musique te plaît actuellement?

SG : Je suis Sutja Gutiérrez et je pense qu’il faut que Lana entende parler de moi. Et là, je serais vraiment heureux. Les artistes que j’écoute beaucoup en ce moment sont Beck, Ween, Tame Impala et aussi les Flaming Lips.

Un dernier mot pour tes fans français?

SG : Coq au vin! Ah oui, j’aime mon chien qui s’appelle Nina et n’oubliez pas que vous êtes votre propre Dieu.

Merci à Sutja G., Virgile et Perspectives Irrationnelles pour cette interview.

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