Interviews

Interview : Justice

[wide] [/wide]

Vous êtes de retour avec un nouvel album qui sonne assez différemment du précédent, selon vous est ce que Audio, Video, Disco s’adresse à un autre public ?

X : En fait on n’en sait rien car on ne se pose pas vraiment cette question quand on fait un album, les seules personnes à qui l’on s’adresse c’est nous deux. On est les deux seuls qu’on connaît assez bien. Même quand on faisait nos premiers morceaux, nos premiers disques, on ne s’adressait à personne en particulier puisque c’était déjà assez varié stylistiquement, le premier disque allait de Valentine à Stress qui a priori ne s’adresse pas aux mêmes personnes mais par contre nous on aime bien les morceaux qui peuvent être des trucs très calmes ou des trucs très violents, on écoute beaucoup de musique sans considération stylistique, pour nous ça fonctionne après je ne sais pas à qui ça s’adresse. Le deuxième album c’est pareil en fait, la différence entre le premier et le deuxième, on est conscients d’une partie des choses qui le font sonner différemment et en même temps pour nous c’est vraiment la suite du premier, c’est pas vraiment différent, à l’intérieur même du deuxième album il y a aussi des morceaux assez différents, On’n’On c’est super différent de Horsepower. On ne prend jamais en considération le public, non pas parce qu’on le méprise mais parce qu’on ne sait pas de quoi il est fait, on ne sait pas ce qu’il aime, on ne sait pas quel âge il a, on ne sait pas s’il est français ou allemand ou américain, si c’est une fille ou un mec, on ne sait pas s’il est au chômage ou millionnaire, s’il a écouté du rap quand il était jeune ou New Order… C’est super difficile d’essayer de faire des généralités sur le public ou d’essayer de prévoir ce qui peut plaire au public. Pour nous ça ne représente que des risques de se compromettre et de foirer son coup parce que si ça ne plaît pas, et que t’as essayé de faire quelque chose par anticipation… tu peux te retrouver avec un disque qui ne fonctionne pas et que tu n’aimes pas non plus. On ne pense jamais à ça, on fait des disques qui nous plaisent à nous deux, évidemment en espérant que d’autres personnes s’y retrouveront mais ça c’est tellement incontrôlable qu’on ne met pas trop d’efforts la dedans.

Vous êtes vous souciés de l’évolution de votre public « kids » qui a pu se tourner vers d’autres styles (tels que le dubstep ou autre) ou bien avez vous fait ce disque vraiment librement et selon vos goûts, envies et humeurs ?

X : Non parce il y a une partie du public qui est comme ça, mais c’était beaucoup plus varié que ça, on l’a vu aussi en concert, le public c’est tellement changeant que c’est trop difficile d’essayer de suivre ça et puis surtout ça ne nous intéresse pas nécessairement musicalement. Nous on ne déteste pas du tout le dubstep, bien au contraire, mais ce serait complètement vain d’essayer de se mettre à faire du dubstep maintenant en imaginant que c’est ce que les jeunes écoutent.

G : En plus d’en faire maintenant ce serait l’assurance d’être dépassés au moment ou le disque sort.

X : Mais ceci dit, il y a des trucs qu’on a aimé dans ce style là, mais ça ne veut pas dire qu’on va en faire parce que les jeunes écoutent ça.

Le côté médiéval a joué pour vous un rôle important dans la préparation de l’album. Ça part d’une blague ou quelque chose vous attire vraiment dans cette musique ?

G : Non en fait c’est plus une espèce d’image un peu chevaleresque qui nous plaît, le côte un peu…. « l’amour courtois » ? Les mecs qui font des déclarations en vers à leur dame avant d’aller défoncer le mec d’en face avec violence. C’est ce côté un peu guerrier et romantique en même temps.

X : Il y a des trucs qui nous touchent vraiment dans les thèmes médiévaux parce qu’il y a beaucoup de musiques médiévales qui sont très épiques, très héroïques très conquérantes. Il y a une grosse frange du rock des années 70 qui est très inspirée par la musique médiévale et qui est vraiment hyper puissante. Non non c’est pas une blague du tout, « médiéval » c’est pas forcément Les Visiteurs pour nous. Ceci dit ça fait longtemps qu’on a ouvert cette brèche, sauf que là on a poussé ces trucs là un peu plus loin, de toute façon la musique qu’on fait est basée sur 2/3 sensations qu’on essaie toujours de pousser un peu plus loin et de radicaliser, mais qui sont les mêmes depuis qu’on a commencé. C’est de faire une musique qui soit épique et mélancolique, et on radicalise juste ce propos là de plus en plus, mais ce sont quand même les mêmes ingrédients depuis 2003, nos premiers morceaux. À chaque fois que l’on fait un nouveau morceau, on a presque l’impression de toujours faire le même morceau, mais de manière un peu différente à chaque fois, on trouve de nouvelles manières d’exprimer toujours ces trois mêmes sensations et de ce point de vue là ça ne change pas énormément.

Vous avez déjà fait quelques fois le tour du monde en tournée, humainement, est ce qu’il reste quelque chose à glaner ?

X : Ouais bien sûr mais ça c’est infini, puisqu’il y a des gens sympathiques partout. Il y a toujours quelque chose à glaner, en tous points de vue, même pour les concerts ou ce que l’on peut voir ou les choses auxquelles on peut assister et ça change tout le temps, même quand on joue deux jours de suite dans la même ville, il arrive parfois que les concerts soient  super différents. Ou même une fois on avait joué deux fois à Montréal dans la même journée, on avait fait un concert à 20h et un autre à 23h et même ça, les deux concerts étaient différents donc ça change tout le temps. Les gens c’est pas une personne quoi, tout le monde est différent.

Avec l’expérience des premières tournées, y a t il une préparation mentale ou physique nécessaire avant d’entamer celle ci ?

G : Euh ouais on boit beaucoup moins quand même (rires)

X : Là comme c’est le début, et qu’on a encore besoin d’apprivoiser tout en fait, la musique, la façon dont on la fait, l’équipement qu’on utilise… Là on répète tous les jours et on répète à chaque fois qu’on a un moment pour le faire, comme à chaque fois qu’on a un day off, on loue un local de répétition ou on s’installe dans la salle… On a encore besoin de ça. À mon avis ça va continuer pendant un petit bout de temps, on a encore une bonne marge de progression et il y a plein de morceaux qu’on ne joue pas encore et qu’on va jouer plus tard… On s’en garde un peu sous le coude, parce qu’on ne veut pas faire des concerts non plus qui durent trois heures… Là pour l’instant on joue entre une heure vingt et une heure et demi, ça dépend des jours et c’est déjà long en fait, on a encore le temps de faire progresser le truc et comme la tournée risque de durer assez longtemps…Chaque jour on fait progresser un peu le live.

Depuis le lancement de ce nouveau live, avez vous déjà constaté des erreurs que vous avez rectifié ?

G : Tous les jours il y a des petits trucs qu’on affine…

X : Tous les jours on fait aussi des erreurs, on a un plan de ce qu’on doit faire, mais c’est assez rare qu’on arrive à être dans le mille du début jusqu’à la fin. On se rend compte vite de ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et on essaie d’autres manières de faire certains morceaux des trucs comme ça… Mais ça c’est en partie ce qu’on fait tous les jours quand on s’assoie dans une salle ou qu’on répète… On essaie d’autres manières de faire les choses, de séquencer les morceaux. Parfois c’est juste une histoire de son, donc on essaie de faire sonner les choses différemment, mais après quand on joue ouais il y a toujours des petites erreurs mais… Ce qui est bien c’est que comme la base est électronique et donc assez régulière et métronomique, ça ne s’entend pas nécessairement quand on fait des erreurs mais par contre ça peut se voir. Notre éclairagiste déclenche tout à la main, il n’y a rien de programmé à l’avance. On ne peut pas programmer la lumière par rapport à la musique en avance, puisque ça change tout le temps et parce que notre éclairagiste refuse cette méthode. Donc quand on se plante ou quand on fait des choses qui ne sont pas prévues parce qu’on a un problème ou un truc comme ça, ça ne s’entend pas nécessairement, même si ça rend le morceau moins bien que prévu ou des transitions moins bien que prévues, mais par contre ça peut se voir car lui va penser qu’il va se passer quelque chose et en fait il se passe autre chose… C’est peut être la manière de déceler ça. On a un setup assez compliqué et ça laisse la porte ouverte à des milliards de problèmes mais qui ne sont pas forcément graves.

Qu’est ce qui a changé  par rapport au duo Justice de 2003 selon vous ?

X : Pas grand chose, je pense qu’on a changé mais tout le monde change… Ce serait triste de ne pas changer… Donc on est devenus des gros cons (rires) Comme on se voit tous les jours,  comme on vit avec nous mêmes tous les jours, on ne se rend pas compte nécessairement de ce qui change,  mais c’est sûr qu’on a changé mais après en quoi je ne sais pas, mais pas forcément en mal, je pense que c’est plutôt une bonne chose de changer et d’évoluer…

G : Des cheveux en moins ou en plus…

X : Ceci dit nos motivations pour faire de la musique et des concerts sont restées intactes, on n’essaie toujours pas de faire des morceaux efficaces d’un point de vue radiogénique ou télégénique ou même en club ou n’importe quoi. On fait toujours ça pour s’amuser et on attend toujours le moment ou la musique qu’on fait, les vidéos qu’on fait et les pochettes qu’on fait soit 100% conforme à l’idée qu’on en avait avant de les sortir. Ça, ça n’a pas changé, on n’est toujours pas pressés, on attend toujours de voir ce qui se passe quand on fait quelque chose, on a pas plus confiance maintenant qu’avant et on fait les choses et on attend de voir ce qui se passe.

La sortie de votre album en 2007 a lancé une grande vague de musique électronique par la suite, pensez vous que Audio, Video, Disco prendra une telle envergure ?

X : Mais je ne pense pas, je ne suis pas sûr qu’on ai lancé quoique ce soit, la plupart des groupes qui sont associés à Justice faisaient de la musique bien avant nous, et finalement on a entendu assez peu de trucs qui ressemblaient vraiment à ce qu’on faisait. Il y a peut être deux/trois mecs qui ont fait des morceaux qui ressemblent outrageusement à des choses qu’on a faite mais ça se limite vraiment à deux/trois groupes. Je pense que la plupart des groupes auxquels on a été associés avaient déjà un style bien particulier, faisaient la même chose avant, et ont fait la même chose après nous. Stylistiquement je ne suis pas sur que l’on soit responsables de grand chose.

Pas forcément au niveau du style mais au niveau de la vague générale, par exemple cet après midi je lisais une interview de Surkin, qui reconnaissait l’importance de votre rencontre et celle de tout Ed Banger dans l’évolution/lancement de sa carrière et dans le fait qu’il puisse venir jouer à Paris à ses débuts.

X : Ouais mais si ce n’était pas nous qui l’avions invité, d’autres personnes l’auraient fait et comme le mec est bon, il aurait trouvé un autre moyen de le faire, mais après c’est cool qu’il le pense et qu’il le dise.

G : Après ouais c’est une question de bon timing pour tout le monde, on a tous bénéficié chacun de l’activité des autres, et on a tous grandis plus ou moins en même temps. Ça nous a rendu service autant à nous qu’à eux en fait…

Voilà pour cette interview, réalisée dans les locaux de l’Aéronef à Lille, remerciements à Because Music et les personnes ayant permis la réalisation de cette interview.

Top de la semaine

To Top