Interviews

Interview : Cerrone

Le maître du disco français signe son grand retour avec AFRO, 1er EP de titres originaux depuis 2008. Un hommage passionné à l’Afrique et ses rhytmes syncopés invitant Tony Allen et d’autres grandes figures du genre. Du coup, on a parlé de tout sauf ce ça. Voici 10 questions qui tentent de retracer l’histoire du producteur le plus chevronné de l’hexagone.

1969, Club Med ?

Cerrone : À l’époque, j’avais fugué de chez mes parents. Mon père me disait que la musique ne me mènerait pas loin, alors j’ai rejoins une copine qui avait des chambres de bonnes. Un jour, elle a été embauchée comme G.O. au Club Med. À un des dîners du patron de l’époque, Gilbert Trigano, j’ai proposé à ce dernier d’organiser la venue de groupes de rock au Club Med pour le thé ou l’avant discothèque (qui existaient déjà à l’époque). Ça s’est fait, je suis resté au Club deux ans, en me baladant de Club en Club… et au bout de cette période je me suis que j’allais arrêter là. En sélectionnant les meilleurs musiciens, j’ai monté le groupe Kongas.

1976, Love in C Minor ?

Cerrone : C’est un album que j’avais fait pour finir ma carrière musicale. J’avais quitté le groupe, après près de 250 concerts en 3 ans. J’étais crevé, j’en pouvais plus, et Barclay, la maison de disques chez qui on était nous poussait à faire de la pop… et ça n’a jamais vraiment été mon truc. Du coup je me suis dit que j’allais faire un album sans concession, avec des titres de 16’30 min, car je ne pensais pas le passer en radio, et j’ai produis ce que j’avais envie de faire. Comme ce n’était pas dans le concept d’avoir un succès, aucune maison de disques n’a voulu le signer. Donc j’ai fait passer 5.000 albums pour les vendre moi même avec des copains, et c’est parti aux Etats-Unis. Le succès a vraiment été étonnant.

Grammy Award ?

Cerrone : En 1977, pour cet album justement, Love in C Minor.

Le Rat et Névrose ?

Cerrone : Je suis rapidement allé vivre aux Etats-Unis. En faisant la musique d’un film, qui s’appelle Airport, j’ai rencontré Alain Delon. Comme j’ai toujours essayé de mettre en scène mes spectacles, je lui racontais souvent le processus, et il me disait souvent de pousser dans cette optique. Un jour, je lui ai raconté une histoire de névrose. Il a trouvé ça vachement bien, et j’ai donc écrit ce scénario/roman. En le lisant, il l’a beaucoup aimé, et l’a fait lire au président de Fayard, qui est venu me voir pour l’adapter. On l’a fait, et on en a vendu 40 ou 50.000 je crois. J’étais très étonné…

Novembre 1988, parvis du Trocadéro ?

Cerrone : En 1986, j’ai vécu un divorce à l’américaine, extrêmement violent. C’était une période assez difficile. Et une amie, qui m’a vu très mal, en a parlé à Jack Lang, qui était un ami à elle, et celui-ci a eu la gentillesse de m’envoyer un courrier pour me demander de passer à son cabinet lors de mon prochain passage à Paris. Ce que j’ai fait, ça m’a fait beaucoup de bien. Et, en fin de compte, c’est comme ça qu’il m’est arrivé de produire un opéra rock au Trocadéro, qui était en 1988. Il y avait les membres du groupes YES, Earth Wind & Fire, et d’autres. Ça a eu un très gros succès, et Jack Lang m’a proposé de faire le bicentenaire de la révolution à la Concorde. Jean-Paul Goude à fait le matin, et moi le soir.

Cerrone en studio

1991, port de Tokyo ?

Cerrone : Alors le concert du bicentenaire, qu’ils avaient vu, avait plu aux Japonais. Ils m’ont alors demandé de l’adapter pour la première heure de spectacle pour le lancement du premier satellite HD. J’y suis resté 2 ans, c’était un magnifique projet. Et en suite, les américains m’ont demandé de l’adapter en comédie musicale, que j’ai fait au Ed Sullivan, dans la période de 1993-1994.

Février 2005, Orange Mécanique ?

Cerrone : Le producteur est venu me voir alors qu’il montait Orange Mécanique au théâtre. Je trouvais ça magnifique. Il m’a demandé de faire la musique, et j’étais très flatté !

2005, Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres ?

Cerrone : À l’époque, j’avais prit pas mal de prix à l’international, mais très peu en France, hormis la médaille d’or de la SACEM. J’étais vraiment honoré de recevoir cette médaille. Comme on dit, « nul n’est prophète dans son pays ». J’aimais bien cette expression ! 

1er Juillet 2005, « la plus grande discothèque du monde » ?

Cerrone : Alors, on était en France, et Bob Sinclar avait mixé mon album, qui avait eu un grand succès. J’ai alors proposé au gouvernement l’accord pour installer une scène devant les grilles du château de Versailles, et on a fait plus de 100.000 personnes, ça a été colossal !

Juillet 2006, hôtel Sheraton ?

Cerrone : C’était en Algérie oui ! J’étais le premier artiste contemporain qui acceptait de jouer là-bas ! Avec un grand service d’ordre certes, mais ça s’est très bien passé. Ce concert me reste vraiment mémorable.

Merci à Cerrone et à Because Music.

Nouvel EP Afro disponible le 12 février prochain.

Top de la semaine

To Top